Chemins de Poussières

Ne remarquez vous pas que l'on supporte l'insupportable et que l'on accepte l'inacceptable ?

jeudi 7 juin 2007

1008.Une si grande fatigue.

fatigueDes automnes, des hivers, des printemps et des étés. Des nuits entières à rêver sans dormir, des jours pleins et d'autres tellement vides.  Je me rappelle avoir eu tant d'autres vies, étranges découpages d'autant de moi même et pourtant c'était toujours moi. Parfois tout se brouille. Je voudrai prendre plusieurs années sabbatiques d'existence ; mourir et revenir dans dix ou quinze ans. M'arrêter et reprendre. Il y a des soirs où je ne crois plus en grand chose, où mes portes restent closes, où je ne suis que l'ombre de ce que j'ai été et à peine l'esquisse de ce que je voudrai être demain. Des soirs où je suis fatigué. Mon corps me demande quelque chose de doux, de soyeux, de tendre. Mon âme me demande une direction, un endroit calme. Le ciel semble m'appeler, mes poumons veulent plus d'oxygène ; j'ai envie de courir dans les rues de Paris, passer au travers des immeubles, des voitures, des rames de métro... courir à ne plus m'arrêter, sans savoir où je vais ; j'ai envie de pleurer de tristesse et de de joie en même temps. Une forme de la solitude, celle dont on ne sait plus très bien si elle est subie ou voulue, mais peu importe après tout. Je regarde mes mains taper sur le clavier pour écrire ces lignes. Je croise en songe ces visages, ces sourires qui m'ont tous emporté ailleurs, sur ce continent immense et dans lequel je vis : mon corps est ici mais tout le reste est là bas. Mon regard s'attarde sur des photos, des yeux, des pleins et des déliés. Ce soir oui mes chemins sont de poussières. Je passe d'un morceau de jazz à  l'autre, de Keith Jarrett à Coltrane, de Pat Metheny à Marcus Miller et tous me remplissent de cette envie de partir, de m'échapper d'une vie qui n'est plus la mienne. Je pense à vous qui me lirez, vous qui passez ici. Je pense à moi, à ce silence qui m'entoure seulement troublé par les notes de musique et le bruit de ma cigarette qui se consumme. Ni tristesse, ni joie. Une plénitude plutôt. Quelque chose de l'ordre du supérieur, d'une force au dessus de moi. La sensation étrange, limpide et béate d'être totalement moi. Quelque chose a changé. J'ai vidé mon armoire, jeté des vêtements comme on laisse une vieille peau derrière soi, serpent ou phénix qui renaît de cendres où la braise rougeoie pourtant encore. J'ai jeté ces tissus avec satisfaction, presque une jubilation. J'ai fait ma valise, je me suis coupé les ongles, lavé les cheveux, rasé au plus près. Le ménage a été fait du sol au plafond, j'ai changé les draps de mon lit.

Je n'avais plus qu'à fermer la porte derrière moi. Et ne plus revenir. Jamais.

(La photo vient de )

Posté par Olivier O à 09:00 - Vivre quelque part - Permalien [#]