Chemins de Poussières

Ne remarquez vous pas que l'on supporte l'insupportable et que l'on accepte l'inacceptable ?

dimanche 10 juin 2007

1011.Un état du monde.

Le_tympan__Paris__Belleville__juin_2007_Je n'ai toujours pas de connexion internet, c'est donc d'un bistrot équipé d'une borne que je vous transmets cet article. Pas d'idée spéciale de billet, tout se bouscule dans ma tête ; les mots vont venir les uns après les autres, à la suite des autres. Ce week end, c'est fête dans mon quartier parisien de Belleville : stands d'artisans en bijoux, peintres, fabricants de masques en cuir ; couvertures étalées sur les trottoirs par des particuliers où l'on trouve de tout, de la poupée désarticulée au phonographe de grand papa en passant par la collection complète de Paris Match depuis 1955.  Une estrade est en place sur la place de l'Eglise, des hauts parleurs diffusent une musique plus ou moins bonne, les enfants courent dans tous les sens, les gens rient et, miracle, se parlent.... Des groupes musicaux parcourent les rues du quartiers, en voici un par exemple de tambours, de percussions aux rythmes colorés de l'Afrique. Je sors sur la place pour aller prendre des photos. Les percussions produisent sur moi toujours ce même effet ; on dirait que mon coeur accélère, ca frappe, ca cogne, la répétition amène une sorte d'abandon, de transe. La une du journal Liberation dit qu'il faut réagir. Réagir face à cette mainmise outrancière d'un parti sur le fonctionnement du pays. Je suis écoeuré. Ecoeuré au point de ne pas en parler, de ne rien écrire sur le sujet. Ecoeuré au point éventuellement de ne pas aller voter, cette fois ci. Les jours ont passé, les analyses se sont répétées dans les journaux, les radios, la télé -je regarde peu la télé- et je ne comprends toujours pas pourquoi les Francais ont donné le pouvoir à Sarkozy. Résister écrit Joffrin dans Libération. Oui, il a raison. La République n'est pas en danger, le fascisme n'est pas à nos portes poursuit il. Mais on ne peut laisser faire ce qui se passe en ce moment. Et, paradoxalement, mon premier geste de résistance ce sera peut être de ne pas aller voter. Parce que je pense que la gauche doit prendre la déculottée la plus grande possible pour pouvoir faire du passé table rase, enfin. La France endormie roupille toujours, et plus le réveil tarde plus il sera dur. Je reviens dans le café. Je vois l'estrade où les tambours frappent, je vois la foule, les enfants qui se trémoussent, les nuages gris-noir qui traversent le ciel de la capitale. Car oui, nous sommes dans la capitale. Quand on y habite, qu'on y travaille on a souvent tendance à l'oublier. Belleville, en tout cas dans la partie où je suis -entre la place des Fêtes et le métro Pyrénées-  semble un petit village, que j'ai eu l'occasion déjà de décrire ici. Paris n'est pas partout cette ville stressante, agressive, immense et embouteillée que l'on décrit ou que l'on s'imagine si souvent. Les pensées se bousculent encore dans mon cerveau endolori. Je laisse faire. Trop de choses se passent dans ma vie personnelle pour que je sois totalement dans ce que l'extérieur nous impose. Une de ces périodes de la vie qui necessite le silence, la solitude, le questionnement. Comment faire quand on se sent détaché du monde immédiat qui vous entoure ?  Je me sens ailleurs, sans trop savoir où même si quand même je suis ramené dans certains coins....  Soleil_noir__Paris__Belleville__juin_2007_Mon enfance par exemple. Des odeurs, des saveurs, des moments suspendus dont je me souviens. Le parfum des tomates farcies un matin de juillet, tôt ; ma mère s'était levée aux aurores pour les confectionner et elles embaumaient toute la maison alors que déjà le soleil provencal faisait chauffer un ciel bleu comme un enfer délicieux. Tiens ! Le soleil se met à briller, Paris semble s'illuminer. Les femmes sont en jupe, les hommes en tee-shirt, les enfants en tongs ; on dirait que tout va bien, que le bonheur est bien là, "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes" disait Voltaire par la bouche de Candide.... Les tambours ont quitté la scène, les enfants l'ont investi pour s'amuser. Je suis fatigué. J'ai besoin de dormir. A l'intérieur du bistro des gens lancent des plaisanteries ; un café s'il peut être sordide, glauque peut être aussi un lieu social, un lieu de relations, de chaleur humaine, tout à fait indépendamment de ce que l'on peut y boire. Je vous ai souvent parlé du "mien" : il est tranquille, fréquenté par beaucoup de petits vieux, des gens de toutes les couleurs. Ici pas de flipper, pas de baby foot. Mais du jazz  en fond sonore ou sur la scène, parfois de la musique africaine aussi. On dit que la journée de dimanche sera chaude sur la capitale, le soleil brille déjà après les brumes du matin. Je me suis réveillé tôt, le chant des oiseaux du parc des Buttes Chaumont tout proche est venu me titiller les oreilles ; il me semble que j'ai ouvert les yeux doucement.

"La vie, c'est recommencer" (Romain Gary)

(Photos personnelles, hier à Belleville - clic pour agrandir)

Posté par Olivier O à 10:00 - Notes ParisIennes - Permalien [#]