Chemins de Poussières

Ne remarquez vous pas que l'on supporte l'insupportable et que l'on accepte l'inacceptable ?

samedi 16 juin 2007

1016.Comme si je devais mourir demain.

Un_soir_de_pluie__Place_Saint_Andr__des_Arts__ParisLa pluie, les orages, une certaine fraîcheur ne quittent plus la capitale depuis plusieurs jours. Un peu comme moi je ne la quitte plus, mais depuis plusieurs mois. Je regarde Paris sans plus le supporter, souvent. Après la pluie le beau temps. La lumière au bout du tunnel. Ca ira mieux demain. Autant de phrases creuses que l'on entend depuis l'enfance, autant de mots mis bout à bout et qui ne veulent pas dire grand chose, sorte de méthode Coué du pauvre, du très pauvre. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis rappellé ce matin de la première fois où j'ai fumé : je devais avoir dix huit ans, peut être dix neuf, c'était dans les toilettes d'un camping sans étoiles près du Pont du Gard, ce fameux aqueduc qui amenait l'eau à la ville de Nemausus, c'est à dire Nîmes. Et là maintenant, je bois un café dans un verre ; je regarde la pluie qui tombe à travers le vent et quelques rayons de soleil. J'ai froid. Une femme boit un café en lisant le journal, un homme semble triste devant son demi au comptoir, le serveur balaie la salle et le barman fume une cigarette en regardant dans le vide. Etranges temps. Il y a le deuxième tour des législatives. Il y a ces gens qu'on déplace en les apppelant "les premiers réfugiés climatiques".  Il y a tout ce désordre, ces cris, ce sang qui coule, cette haine, ces éclairs. Je ne sais pas si l'humanité va à la catastrophe ou pas. Le paléontologue Yves Coppens à qui on posait un jour la question répondit qu'il avait foi en l'humanité parce qu'elle avait toujours su avoir un sursaut. Certes. Tout dépend du moment du sursaut, et là on a tout de même la nette impression qu'il est trop tard, de peu mais trop tard. Il y a le Darfour qui flambe, les otages que l'on retient, les enfants qui travaillent partout, la pauvreté qui gagne toujours plus de terrain y compris dans notre si beau pays riche ; il y a la Terre qu'on assassine, le sang, les cris, la détresse.On se suicide sur les lieux de travail. Je pense de plus en plus que finalement tout le monde est paumé, tout le monde ne sait plus où il en est. Les médias nous abreuvent de choses sans importance, telle ou telle vie d'un chanteur, d'un sportif, d'un quelquonque quidam dit people ; jamais les apparences n'avaient été aussi visibles, importantes, pathétiques et dérisoires. On nous oblige à être heureux, à avoir sans cesse l'esprit de compétition, à être au "top" constamment ; jamais d'arrêt, jamais de pause sinon ce sera un aveu de faiblesse. Tristesses des temps, époque lamentable. On nous oblige à croire à un avenir pourtant -et tout le monde le sait- bien sombre.  On fait comme si. Tant que le soleil brille, tant que l'eau est bleue, le sable chaud et l'herbe verte.... Même le soleil masqué par une pollution que rien n'arrête, même l'eau dégueulasse avec de moins en moins d'espèces vivantes, même l'herbe pourtant pas aussi verte... mais du moment où la présentatrice météo nous annonce avec ce sourire idiot qu'il va faire beau, tout le monde est content. Et en plus en ce qui concerne notre modeste contrée Sarkozy nous promet des jours nouveaux, meilleurs. Formidable. Je vis comme si je devais mourir demain, ce qui après tout est peut être le cas. Mesurer le temps qui reste, les heures et les minutes. Me voilà devant un verre de Chardonnay, un sandwich saucisson sec-beurre. Je m'allume une bonne cigarette. Je pense à  cet amour peut être perdu, je souris parce que je n'aime que cette femme et que j'ai mis du temps à m'en apercevoir, trop de temps ; je souris parce que son souvenir me fait du bien, parce que le simple fait qu'elle existe me fait du bien même si son absence là maintenant est cruelle, douloureuse.
C'est samedi, début d'après midi. Je mourrai lundi.

(Photo personnelle : Place Saint André des Arts, Paris, un soir de pluie)

Posté par Olivier O à 13:00 - LarMes sècHes - Permalien [#]