Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chemins de Poussières
Publicité
12 juin 2007

1013.Brisures.

Adam_eve_travailUn article paru dans Liberation du mardi 12 juin. Rien à ajouter.

Le travail est la cause des catastrophes sanitaires les plus importantes actuellement dans notre pays. ­ Drame de l’amiante avec ses cent mille morts programmés. Suicides en série dans les entreprises, partie émergée d’une souffrance au travail grandissante responsable de véritables épidémies de dépressions et d’épuisement professionnel. Les 15 000 morts de la canicule avaient déclenché déclarations retentissantes, démissions en série, enquêtes parlementaires et dispositions réglementaires. Aujourd’hui, les catastrophes sanitaires liées au travail ne déclenchent qu’un silence assourdissant.

Les veuves de Dunkerque manifestent en vain sur la place publique, les médecins du travail écrivent des livres blancs. Rien. Les morts tombés au champ du travail sont frappés par une loi du silence que rien ne vient lever. Pendant ce temps, dans le secret de nos cabinets médicaux, se raconte la détresse de tous ces salariés dont la dignité et l’estime de soi ont été déglinguées par le travail.

Souffrance indicible tant le travail occupe une place importante pour chacun d’entre nous dans l’épanouissement et la réalisation de soi.

Parce que personne ne peut mettre sa vie entre parenthèses quand il est au travail. Parce que parfois le travail envahit tout l’espace.

Le suicide est le geste ultime de celui qui ne voit plus d’issue et qui n’a plus le courage de continuer.

Alors quand les soucis personnels se surajoutent, c’est l’implosion, le dévissage brutal et incompréhensible pour l’entourage.

Surcharge, pression, complexification, contrôles incessants, procédures ­in­a­daptées, objectifs irréalistes - quotidien de nombreux salariés - sont les causes de cette épidémie.

Dans cette bataille pour bien faire leur travail, les salariés y laissent plus que la sueur de leur front, car la grande majorité y mettent le meilleur d’eux-mêmes.

Et ils y perdent aussi le meilleur d’eux-mêmes.

Face à cette détresse, nul n’est besoin de convoquer psychiatre et gestionnaire du stress. C’est le travail qu’il faut ­convoquer. Car c’est le travail qui est ­malade.

Dialogue autour de la réalité du travail quotidien, aménagement de l’organisation du travail, règles de métier collectives, respect des limites physiologiques humaines, formation et promotion sociale sont les seuls traitements efficaces dans cette nouvelle catastrophe sanitaire qui s’annonce.

Soigner le travail doit être déclaré priorité nationale de santé, et les traitements, mis en œuvre dans chaque entreprise. Vite.

(Illustration : Adam et Eve au travail)

Publicité
Commentaires
G
Merci pour cet article formidable que je n'avais pas lu. <br /> Tout est dit.<br /> <br /> J'ai connu deux suicides "professionnels" (et dans mon environnement professionnel) en 20 ans de travail, précédé d'un autre dont j'ai seulement entendu parlé. Pour ma part j'ai failli laisser ma santé physique (pas mentale, j'étais solide (jadis)) dans un processus classique de "exiger toujours plus du salarié" qui finit par croire que c'est lui-même qui est dysfonctionnel alors que le problème vient de la charge de travail qu'on lui impose (très facile pour un employeur de jouer à ça avec ses cadres). Ma conscience professionnelle a failli me perdre.<br /> Je m'en suis sortie grâce à une rencontre salvatrice (du moins à ce point de vue là). <br /> Je serais peut-être venue gonfler les statistiques de dépressions ou suicides du travail si je n'avais pas croisé la bonne personne et qui s'est souciée de moi et m'a ouvert les yeux, ce que mon conjoint n'avait pas fait (il s'était contenté de devenir soupçonneux devant une équation heures passées / salaire ramené qui effectivement était déséquilibrée).
R
Juste ça, une empreinte.
D
Pierre Jallatte, 88 ans, fondateur du leader européen de la chaussure de sécurité dont le site du Gard est actuellement menacé de délocalisation, s'est suicidé chez lui hier après-midi d'un coup de carabine.<br /> <br /> Pierre Jallatte n'a visiblement pas supporté de démantèlement de son entreprise, qu'il avait fondée en 1947. "C'était un patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier comme il y a maintenant", a dit Jean-François Anton, délégué CGT de 54 ans qui travaille depuis 1969 sur le site du village cévenol de Saint-Hippolyte-du-Fort. Un drapeau noir a aussitôt été placé à l'entrée de l'usine avec sa photographie. "C'est fréquemment qu'il me disait qu'il souhaitait mourir avant que son usine ferme", a expliqué, très ému, un ancien salarié de 75 ans qui a supervisé la production de Jallatte durant 25 ans, ajoutant : "Il avait très mal vécu [l'annonce de la délocalisation]. Ce n'est pas le premier plan social que les actionnaires nous font. L'usine espagnole avait fermé, l'usine allemande avait fermé, une usine d'Alès avait fermé, et tout ça fait beaucoup." "Ce sont les actionnaires qui l'ont tué", disent-ils tous.
D
sujet du bac de philo. 2007 série ES : <br /> <br /> Que gagnons-nous à travailler ?<br /> <br /> j'espère que bon nombre de lycéens auront lu Libé. (hélas, après l'épreuve) pour prendre conscience de la gravité de cette question ......
T
Brisure tout aussi grande, voire davantage encore qu'est celle de la discrimination à l'embauche. Trop vieux, trop bronzé, pas assez beau, j'en croise toute la journée. Alors que tout affiche l'égalité. C'est ce que l'on appelle, selon un documentaire très bien fait de Yamina Benguigui, le plafond de verre,invisible mais tellement infranchissable pourtant.<br /> Un extrait du documentaire sur le lien:<br /> http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18407873&cfilm=109379.html<br />
Publicité
Archives
Publicité
Publicité