Chemins de Poussières

Ne remarquez vous pas que l'on supporte l'insupportable et que l'on accepte l'inacceptable ?

vendredi 28 juillet 2006

Là bas

federalesSimone Signoret écrivit un jour que la "nostalgie n'était plus ce qu'elle était". Qu'est ce que c'est la nostalgie ? D'où vient elle ? Pourquoi nous enveloppe t-elle comme un voile d'un tissu encore inconnu sur terre ? Les Espagnols ont l'habitude de dire que le tango est une pensée triste qui se danse, traduisant ainsi cet étrange état de joie et de chagrin mélangés. Les Portugais ont le splendide fado, la saudade. Nous avons Châteaubriand. La mélancolie, la nostalgie n'est pas d'un pays ou d'un peuple, elles sont viscéralement attachées à la nature même de l'être humain.

Il y a quelques jours encore, Fuligineuse était au Mexique. Un bien lointain pays. Et pourtant qui nous semble familier par les films, les dessins animés (qui ne se souvient pas de la petite souris Speedy Gonzalez ?), l'attirail vestimentaire (le sombrero est universellement connu) ; et puis familier aussi à travers son puissant, son encombrant, son ogre de voisin : les Etats Unis. On connait aussi les fameux Wet backs, "les dos mouillés", ces migrants mexicains qui essaient de rejoindre l'Amérique en passant le fleuve Rio Grande où sur l'autre rive ils sont attendus fusil en main par la police américaine qui n'hésite pas à tirer me confirme Fuligineuse. On connait tout ca oui. Mais au bout du compte tout cela n'est qu'images d'Epinal. On ne connait rien si on ne va pas plus profond dans les choses ; la mer ne délivre rien de ses merveilles si l'on reste sur le pont du bateau. Je ne suis jamais allé en Amérique du Sud, je ne suis jamais allé au Mexique. Mais ma curiosité sur les gens et choses de ce monde m'ont amené à lire, à voir, à écouter. Et la terre sud américaine est un des trois endroits du monde, avec l'Afrique et les Pôles, où dans mes rêves je voudrai finir mes jours. Dame Fuligineuse m'a ramené une précieux présent : un disque de chanteuses mexicaines, un patchwork de voix féminines chantant dans cette langue délicieuse qu'est l'espagnol (avec des variantes puisque nous sommes au Mexique). Certaines de ses voix m'ont touché au coeur, un véritable coup de poing émotionnel. Je suis extrêmement sensible à la voix humaine, celles des femmes en particulier. Un timbre de voix peut faire naître chez moi des sensations puissantes, un imaginaire sans fin d'où peuvent sortir des textes. J'écoute beaucoup la radio pour cela, le son apportant toute une féerie hors cadre contre laquelle l'image ne peut rien. Je soupconne certaines mélodies de ce disque d'être celles de chants populaires, voire révolutionnaires. Je soupconne ces femmes d'avoir conclu je ne sais quel pacte avec je ne sais qui pour devenir des ensorceleuses. Et voilà que naît chez moi une sensation que je n'avais jamais connu jusqu'alors : la nostalgie et la mélancolie d'un endroit où je n'ai jamais mis les pieds, si ce n'est dans mes songes ou mes divagations, nocturnes ou éveillées.

Je suis troublé.

(photo : Troupes fédérales mexicaines, 1913)

Posté par Olivier O à 13:45 - Vivre quelque part - Permalien [#]